Regards croisés sur la réconciliation
Temps de recueillement et invitation à l’action
Le 30 septembre, nous rendons hommage aux Survivantes et Survivants des pensionnats, aux enfants disparus ainsi qu’aux familles et aux communautés. Cette année marque également les 5 ans du décès de Joyce Echaquan, un rappel poignant des injustices encore présentes et de l’urgence d’agir. La Journée de nationale de la vérité et de la réconciliation est un temps d’arrêt pour contribuer à la guérison, collectivement et individuellement, et à œuvrer à la réconciliation.
À la suite du témoignage de Phyllis Webstad, Survivante des pensionnats, à Williams Lake en Colombie-Britannique, la couleur orange est devenue un symbole fort des séquelles de l’histoire des pensionnats, donnant naissance à la Journée du chandail orange. La couleur orange, portée aujourd’hui, symbolise notre solidarité, notre soutien et notre détermination à honorer cette mémoire.

Merci à Elma Moses, participante au programme en Leadership féminin et Survivante, pour le partage de la broche perlée par sa fille.
Quatre perspectives pour avancer ensemble
À l’École des dirigeantes et dirigeants des Premières Nations (EDPN), la réconciliation prend racine dans les récits, les expériences et les visions de celles et ceux qui portent nos programmes au quotidien. À l’occasion de cette journée, quatre membres de notre équipe – issus des Nations Innue, Kanien’kehà:ka, Mi’gmaq et Wendat – nous offrent leur regard sur ce que signifie la réconciliation aujourd’hui et pour demain.
Ghislain Picard : reconnaître les droits ancestraux et le territoire
Professeur associé à HEC Montréal et président de notre comité aviseur, Ghislain Picard souligne que la réconciliation nécessite des actions concrètes, notamment par la reconnaissance des droits ancestraux. Cette reconnaissance doit s’accompagner d’efforts dans les domaines de l’éducation et du développement économique autochtone. En reconnaissant les droits et leur intrinsèque connexion au territoire, une confiance et une guérison s’opèrent. Cela permet non seulement de réparer les blessures du passé, mais aussi de poser les bases de relations respectueuses et réciproques pour les générations futures.
« La réconciliation ne se fait pas simplement par des mots, mais par des actes concrets qui reconnaissent les droits, les cultures et les aspirations des peuples autochtones. »

À l’occasion de son allocution d’entrée comme professeur associé à HEC Montréal, Ghislain Picard portait un écusson circulaire violet – la couleur préférée de Joyce Echaquan – en hommage et en signe de respect.
Tiohenta Lahache-McComber: reconnaître la vérité et se respecter mutuellement
Pour Tiohenta, chargée de recrutement à l’EDPN, Kanien’kehà de Kahnawà:ke :
« La réconciliation n’est pas un concept abstrait. Elle doit s’appuyer sur «une reconnaissance sincère de l’histoire et s’ancrer dans une démarche de respect mutuel, pour se traduire en gestes concrets . »

Nicky Savage-Samson : se réconcilier soi-même et transmettre aux générations futures

Pour Nicky, chargé de projets et agent aux communications, Mi’gmaq de Gespeg : la réconciliation est affaire de quête identitaire. « Pour moi, la réconciliation est d’abord très intime. Comme personne autochtone ayant grandi hors de ma communauté, c’est une démarche qui touche à la fois ma culture et mon identité. »
La réconciliation passe par la (re)découverte de ses racines et par une meilleure compréhension de son héritage culturel et familial pour « recoller les morceaux de son histoire personnelle ».
Dans le champ collectif, pour lui, la réconciliation est une opportunité de décoloniser l’éducation ainsi que nos rapports au territoire, à la nature et au temps. Cette nouvelle approche à l’éducation est éclairée par les enseignements des Aînées et Aînés et les savoirs traditionnels.
« Nous devons transmettre cette histoire à nos enfants et aux générations futures. En s’ouvrant à ces perspectives, on enrichit nos sociétés et on crée un avenir qui respecte à la fois les savoirs et les valeurs des Premiers Peuples. »
Marc Du Sault : éduquer activement et développer des partenariats concrets et équitables
Pour Marc, coresponsable pédagogique du programme en Réconciliation économique, membre de la Nation Wendat : la réconciliation se vit au quotidien, à travers une posture d’écoute, de respect et d’ouverture. Ses réflexions l’ont amené à identifier quatre dimensions essentielles à la réconciliation

- Reconnaître l’histoire, en donnant voix aux récits autochtones.
- Reconnaître les torts et les dommages causés.
- S’engager dans la voie de la réparation, la guérison et la restitution.
- Développer la réconciliation économique, en bâtissant des partenariats concrets et équitables.
À travers le programme en Réconciliation économique, Marc a vu émerger des projets porteurs, grâce à la dynamique de binômes autochtones et allochtones. Ces collaborations deviennent des leviers puissants, qui inspirent et se diffusent au-delà des murs de l’école.
Pour aller plus loin, Marc souhaiterait que les actions pour la réconciliation soient documentées : « par tout ce qui a été transmis, le profil de tous les participantes et participants et les projets réalisés. Cette banque de référence pourrait enrichir des initiatives latérales, renforcer la mission de l’École et préserver le savoir pour les générations futures. »
« C’est une manière concrète de faire vivre la réconciliation : reconnaître le passé, contribuer à la guérison et tracer un avenir commun où les relations économiques deviennent un levier d’équité, de dignité et de prospérité partagée. »
Ces témoignages rappellent que la réconciliation se vit de multiples façons : dans l’intime, dans l’éducation, dans la vérité, dans les gestes du quotidien et dans la construction de partenariats.
À l’EDPN, nous croyons que chaque action, chaque projet et chaque dialogue contribuent à tisser un avenir commun. En cette Journée nationale de la vérité et de la réconciliation 2025, nous réaffirmons notre engagement : écouter, reconnaître, apprendre, transmettre et bâtir, ensemble, une école – et une société – fondée sur le respect mutuel et la confiance réciproque.
N’hésitez pas à faire appel aux différents services d’aide disponibles si vous ou l’un·e de vos proches en ressentez le besoin :
- Ligne d’écoute d’espoir pour le mieux-être des Autochtones du Canada : 1-855-242-3310 ou en ligne par clavardage à espoirpourlemieuxetre.ca.
- Ligne d’écoute téléphonique concernant les pensionnats autochtones : 1-866-925-4419



